Weoyaju Barde Léviathan


Age : 28 Inscrit le : 15 Nov 2007 Messages : 209 Alignement : cartel de Brumebois Classe de combattant : barde
| Sujet: concours: la peau morte des souvenirs Ven 11 Juil - 21:18 | |
| Une peau morte flotte sur l’immensité des océans. Un petit morceau de peau, durcit par le sel, craquelé par le soleil, vieux déjà de quelques mois. Ses bords inégaux et dentelés témoignent de la douloureuse extraction du corps ayant abrité cette peau.
Les poissons voraces ont laissé cette proie au temps, inquiets de quelque signe… C’est que, jurant sur cette peau racornie, se dessine, chatoyant comme au premier jour, un tatouage de quelque monstre marin.
L’albatros, de passage, ne s’en soucie guère. Il pique droit vers ce repas tout prêt. En un éclair, il a plongé. Quelques secondes encore, l’albatros remonte, mort, égorgé. Les requins se chargeront d’effacer ce meurtre. La peau décide, elle, de ne plus remonter à la surface, et s’enfonce vers les abysses.
Le monstre représenté sur cette peau, c’est Léviathan, et la peau sur laquelle son image repose fait comme partie de lui, minuscule écaille de son corps titanesque.
Comme une feuille morte, la peau virevolte dans sa chute avant de se coller sur le monstre, réintégrer son être premier. Ce dernier salue l’événement d’un léger scintillement d’œil, avant de retourner à ses rêves. Ailleurs, une âme s ‘apaise enfin, son périple se termine. L’âme et la peau étaient jadis soudées, dans un corps trop faible pour les contenir. L’âme en paix arrive à se souvenir maintenant, sans trop de douleur…
C’était bien après que l’encre eu séchée sur son poignet, bien après l’intégration de ce clan, sa nouvelle famille. C’était apparu après une soirée de conte avec Edhelharn… L’elfe (l’âme fut elfe) l’adorait, il avait failli la tuer (pas assez fort déjà)… Première manifestation, premières interrogations… Peu après était apparue la voix… En écho, distante mais présente, un rappel des songes, un lancinant sifflement, une conscience se répercutant aux quatre coins de son crâne incessamment lui insufflait des idées, commentait ses gestes, agaçait sa réflexion… Jour après jour il entendait « tue-les, tue-les tous », « vise au cœur », « ne le laisse pas parler », « achève-le ».
Une voix interne qu’il croyait née de lui-même, qu’il incorporait malgré lui à sa propre pensée, qui, sans s’en rendre compte, changeait son comportement, transformait sa nature.
Plus agressif, plus exigeant, plus instable au fil du temps, il devait de plus en plus souvent s’isoler, méditer, lutter contre cette voix insidieuse et autoritaire. « qu’ils meurent », " tire, tire " Ses longues contemplations – ses prières ?- devant l’image de Léviathan incrustée sur son poignet ne parvenait pas à le calmer, alimentant au contraire le conflit intérieur qui le tourmentait. « sois le plus fort », « tu es trop faible », retourne combattre »…
Miné, hagard, les plus toxiques des fumées de chamallas ne parvenaient à éteindre cette voix. Le sommeil lui refusait son refuge, hantait ses cauchemars de démons résonnant tous du même son. « tue », « prends », « plus fort ».
Sa plume, sa plus fidèle compagne, se perturbait sous le ressac de ces sollicitations sans fin. Incapable d’écrire une ligne sans décrire la guerre, la souffrance, la véhémence de Léviathan, ses pages lui échappaient, ses chants monocordes suivaient l’unique note de son arc. « arrête », « retourne combattre », « entraîne-toi ».
On le voyait parfois, au détour d’un chemin boisé, monologuer, perdu dans un combat psychique. « Je suis pacifiste, je suis bon », « Je ne tue pas pour le plaisir ». Le ton désespéré montrait à quel point il cherchait à se convaincre. Mais la voix continuait inlassablement : « tu es faible », « frappe encore », « tue ».
L’âme se souvient du jour où, au paroxysme de sa lutte, l’elfe, après une prière plus violente, s’était soudain senti petit, oppressé par un sentiment d’infériorité, et avait entendu la voix. La même voix, mais plus diffuse ni lointaine. Une voix profonde, dont les accents faisaient trembler le cœur. Une voix majestueuse, dont chaque syllabe renvoyait à sa propre fragilité. Une voix proche, présente, qui n’envoyait plus de message, mais engageait une vraie conversation. « - Bonsoir chevalier.
- … - Voulais-tu me parler ?
- Je ne veux plus vous entendre…
- Pourquoi m’appeler ?
- Pour me retrouver seul, exclure votre emprise.
- Tu renierais ton guide, ton éminence grise ?
- Vous contrariez ce que je pourrais, voudrais être.
- Je t’offre ces moyens, disciple aimé du maître.
- Vous viciez mon esprit, le transformez en bête ! Chaque jour est une torture, à s’ouvrir la tête. Je ne me rends plus compte de mes propres actions, Cette voix assassine trouble mes réflexions. - Tu recherches en conscience la source de cet émoi Tu prends pour étranger ce qui viendrait de moi. Tu fuis ta propre image, rejettes la connaissance De ton identité, du message de tes sens.
- Mes sens ont votre voix ? Avouez votre rôle.
- Je guide vers eux-mêmes les êtres qui me frôlent. Ceux du clan doivent apprendre à faire les bons choix. Avec ou sans ma voix, la liberté échoit Aux hommes ayant vaincu leurs terreurs internes.
- Ils n’ont pas pour ce faire besoin qu’on les materne ! Ni d’un harcèlement, ni d’être diriger ! Laissez-nous donc vivre, nous pouvons ériger Nos routes, nos idéaux, nos valeurs et nos rêves. Je veux la solitude…
- Tu as la mémoire brève. Isolé, tu errais dans des sentes perdues, La moindre aventure te paraissait ardue. Depuis tu as tout eu, pour que tu t’émancipes, Seul l’articulation des différents principes, Selon tes attachements, selon ma volonté, T’échappe, te fait tenir ces propos éhontés. Accepte mon aide.
- Non !…
« sois le plus fort, tu es faible, tue, tue »
- Faites cesser ce jeu !
- Ne te révolte pas face à ton double je. Ma nature me dispose à révéler à tous Leurs ambitions premières, la force qui les poussent.
- Je n’ai jamais été un tueur sanguinaire, Je hais violence et guerre, n’en serais pas le nerf. Chercher à m’imposer une conduite arbitraire Me semble au nom du clan un procédé contraire.
- Comprends la liberté comme un choix : pour ou contre. Lutter face au destin, aller à sa rencontre, Vous donne l’illusion d’en contrôler les rênes. De moi n’avez repos ni douceur en étrenne, Ainsi mes chevaliers apprennent, agissent, progressent. Au final c’est toujours mon pouvoir qu’ils engraissent. Eux l’occultent ou l’acceptent, car ils y trouvent leur part. Cesse de résister, prends un nouveau départ.
« plus fort, trop faible, tue, tue »
- Je ne suis pas si faible, j’arrive à émouvoir Par des mots ou des vers, un certain auditoire. J’arriverais par l’encre à arrêter la guerre, De mes strophes reviendra l’heureux temps de naguère.
- Ta force est dans ta plume, mais tu n’as pas d’écoute. Seuls les puissants disposent, la gagnant coûte que coûte, De l’attention des masses, du pouvoir d’influence. Eux ont déjà vécu, les autres font la nuance Entre les arrivistes, et les gens d’expérience.
Tu te caches à toi même ta propre suffisance. Une vérité profonde et tenace te hante, Que tu voiles sous des flots d’idées grandiloquentes : Tu es trop faible pour devenir léviathan. Jamais ton écriture parmi les combattants, N’atteindra les chimères de tes rêves stupides. Faible et sans ressource tu n’as en toi que le vide.
« Faible, faible, faible, tue, tue »
Alors Glaerd l’elfe, incapable de lutter plus longtemps, trop faible pour continuer, avait rapidement écrit à son fils, à sa famille, puis maladivement avait saisi son couteau, et, au milieu des larmes, avait tailladé sa peau autour du tatouage afin de se débarrasser de cette malédiction. L’âme s’évapore. Elle accepte, désormais, et disparaît.
[hrp: si quelqu'un peut m'avancer les 500po, je promets de rembourser avec intérêt...] |
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